Martin* était le mec raté, qui se faisait croire qu’il n’avait besoin d’une nana car il était incapable d’en garder une. C’était un mec des temps modernes qui n’avait  d’autre passion que lui-même. J'avais décidé de ne plus voir Martin, non pas parce que je ne l'avait pas ajouter à mon tableau de chasse, mais je trouvais que son personnage était triste, enfin aigri. Aigri de ne jamais rien vraiment vouloir.

Il projettais sans cesse de faire d'avoir des passe temps mais ne faisait jamais rien. Il était d'une arogance creuse - on peut être arrogant si on sait faire des choses, si on est un artiste, enfin je déteste l'arrogance mais je trouve que ca passe mieux quand on est un artiste  ou qu'on déffend quelque chose - enfin je crois - mais son arrogance était dénué de toute essence et plus il était arrogant et plus il grossissait.
C'est pas que j'aime pas les gros, mais en fait j'aime bien regarder les cous des gars.Ca c'est un truc sensuel. Quand ils s'épaississent et deviennent gros, et bien le cou n'est plus cette jonction subtile entre la tête et le corps, ce n'est plus un cou mais une forme de tronc...  Il y avait un homme dont j'apréciait le physique, et cet homme c'était mis à grossir, il avait un sourrire golgate ultra bright et un donc un gros cou, j'avais l'impression de regarder un personnage de Chiken Run - de quoi me couper tout apétit. Je suis phobique des gros cous. Je ne sais pas s'il existe un mot pour décrire cette pathologie.

En bref cela faisait quelques années que je connaissais Martin et je me demandais si il avait toujours été aussi con et si il me l'avait caché, ou si il avait changé, je ne sais pas. En fait j'avais l'impression de m'être faite arnaquée. Je croyais avoir une vraie personne. Mais en fait non. Il faisait plus que jamais parti de cette espèce en voie d’apparition, toujours plus blasée de tout, que plus rien jamais n’étonne. Pour eux plus rien n’est grave, plus rien n’a d’importance, plus rien c’est génération rien.

Il voyait le monde à travers les yeux de sa petite personne limitée. Il y avait quelque chose dans cette nouvelle génération d’humains qui me repoussait farouchement. Une génération qui avait bouffé de la pensée préfabriquée en boîte toute son enfance et qui aujourd’hui se croyait avant-gardiste de la pensée de demain, original alors que tous habillés pareils, en marche vers le futur sans convictions, qui de fait de leur opposition aux valeurs ancestrales regardait la génération passée ou toute personne qui ne leur ressemblait pas avec dédain. Je n’était pas vraiment fan des conservateurs, pas vraiment fan du passé de ce qu’avait vécu nos grands-parents, la guerre, la famine, mais il y avait quelque chose dans les générations passées qui respirait encore l’authentique, l’artisanat quelque chose de précieux et d’unique, de simple et dénué de tout artifice, quelque chose de vrai… Y a qu’à voir aujourd’hui la gueule des gens plongés dans leur Iphone, on dirait qu’ils ont toujours besoin d’être en connexion avec quelque chose, dans la réalité il leur faut leur doudou, leur portable, c'est un substitut. Ca évite de regarder le monde, les gens autour. Aujourd'hui on préfère dialoguer par sms plutôt qu'en face. Je sais pas ça me fait peur. 

J’ai l’impression que la technologie nous rend de plus en plus autiste.

L’autre fois j’ai été au restau avec Alain*, même en conduisant il ne pouvait pas lâcher 2 secondes son portable, les yeux inutilement rivés sur la route, je me voyais déjà mourir dans un accident à cause du texto de trop.

être en présence d’un être qui manifeste un comportement inapproprié à une situation  fait ressurgir mon sens inné de l’anthropologie, j’observe, je cherche un moyen de communiquer avec cet être. 

Je tente des approches simples, trouver un terrain d’entente… tu bois quoi ?

-       rien, je conduis.

Mais il arrive toujours un moment où je mets mon cerveau en off.  

 

L’autre fois je me suis retrouvée dans le métro au milieu d’une bande de comment dire, de personnes qui n’ont pas de connexion haut débit, enfin limitée mentalement, ben je me sentais bien. Aucun d’entre eux n’avait de iphone à la main, aucun d’entre eux n’avait l’air hostile, et chaque fois que leur regard se posait sur quelque chose on y décernait de l’émerveillement. Ils étaient tous plus ou moins habillés comme des portes manteaux, mais respiraient la simplicité du non-paraître, enfin des gens qui ne vivent pas sous le regard de l’autre, enfin des gens qui ne vivent pas sans arrêt dans la comparaison, dans la compétition, enfin des gens normaux.

Je sais pas, je me suis surprise à les envier. La société n’attend rien d’eux, n’en  rien à foutre d’eux et c’est bien réciproque. Ce sont des intouchables, des êtres venus sur terre sans le matos adéquat certes,  mais qui étaient à mes yeux l’expression la plus simple et la plus saine de l’existence. Des êtres qui n’ont pas assez de neurone pour comprendre la perversion de ce monde.

 

 

*le prénom a été changer.